- INTRODUCTION
a) Champ
Le champ de la recherche est d’après ce qu’il avait été convenu avec le responsable du département du patrimoine à la Région wallonne de recenser et de décrire, pour en établir un premier catalogue et pour distinguer les pièces essentielles, tout ce qui peut toucher de loin ou de près au patrimoine naval, c’est-à-dire tout ce qui a trait aux bateaux, au patrimoine maritime, tout ce qui relève de la mer, et dans notre région touche à la culture aquatique, c’est-à-dire aux surfaces d’eau envisagées comme lieu de travail, de loisir ou de transport mais pas comme ressource ou matière première.
Le champ est donc large. Il touche au meuble et à l’immeuble, au mobile et à l’immobile, au patrimoine de taille et au petit patrimoine.
b) Espace et temps
Toute la Région Wallonne est envisagée mais il avait été proposé une tranche de travail d’une durée d’un an durant lequel seraient prospectées les voies navigables de la Sambre de la frontière à Namur, la Meuse de l’une à l’autre frontière, le Canal de Bruxelles-Charleroi avec ses anciennes extensions et ce, jusqu’à Ronquière et le Canal du Centre de Seneffe à Hautrage avec son ancien bras et ses ascenseurs, soit toute la partie Est du système de navigation en Wallonie.
Il s’agit de se restreindre à cette surface parce que la Sambre, avec Thuin comme capitale wallonne de la batellerie, représente énormément de matière et de travail de repérage et de description.
La Meuse également, surtout autour du pôle liégeois, le Canal de Bruxelles-Charleroi autour du pôle de Seneffe.
Dans un second temps, il faudra repérer et décrire le Canal de Nimy-Blaton, le bras de Pommeroeul-Condé, le Haut Escaut et la Dendre de Blaton à Deux-Ac… qui représente également beaucoup de matière

c) La difficulté
Il appert de ce qui précède que le champ est large mais surtout que la matière est passionnante et difficile. C’est un patrimoine particulièrement « fluide » ou plutôt mobile : en hiver, on ne voit pas tout parce que des bateaux sont mis en hivernage, cachés dans des hangars, et en été, il sont fatalement évanescents ; un jour ici, le lendemain là-bas, puisque leur nature est de naviguer et donc de bouger, sans parler des bateliers qui, par nature, nonadisent.
D’où également la difficulté de rencontrer des gens, des responsables, des connaisseurs. C’est un très long travail d’approche, de pénétration dans un milieu mobile où, heureusement, dès que vous êtes admis et intégré, la communication est elle aussi fluide.
Cela entraîne donc de très nombreux déplacements pour peu d’informations parfois, heureusement, il y a aussi des jours fastes grâce à un bon informateur ou un témoin riche.

.La Recherche
I. Les chantiers
- Introduction
Une première chose est évidente si l’on veut parler de bateaux, il faut commencer par
leur origine et étudier d’où ils viennent. Première surprise agréable : la Wallonie était
une terre extrêmement fertile en chantiers navals. Certains prétendent qu’entre 1880 et 1910, il y avait 15 chantiers
entre Maubeuge et Charleroi.
Tous les témoins nous ont parlé d’une quantité d’endroits différents,
aussi avons nous essayé d’en dresser la carte et de recueillir un maximum de données sur chacun d’eux. Nous cherchons
également des archives : plans, demi-coques, profils, outils. Il en reste chez des collectionneurs privés et avertis
mais malheureusement, beaucoup de chantiers ont fermé leurs portes en laissant disparaître leurs archives et en dispersant
les composantes de l’outil de construction.

- Description : Les chantiers de Wallonie
Nous les décrirons en partant du bassin de la Sambre (le plus riche), en passant
par le bassin de la Meuse et la région liégeoise, le Canal du Centre et de Nimy Blaton.
L’étude repose sur les recoupements de documents et souvenirs de 8 personnes
(MM. Ducofre, Michot, Melian Michot, Vankerkove, Dagnelie, Debeaume, Mertens et Van Fraschen).
Cette description est définie dans le temps. Nous ne prenons en considération que
ce siècle (1900-2000) mais la plupart de ces chantiers remontent avant cette date initiale, mais nous n’en
avons pas trouvé de description.
-
BASSIN DE LA SAMBRE
Solre -sur- Sambre
Sur l’Ile de l’Ecluse n° 1, existait un chantier dit « Joseph Chartier » qui présentait l’ingénieuse particularité suivante : l’ouverture de la cale de radoub et de construction (« la forme » comme on l’appelle également) s’ouvrait sur l’amont de l’écluse (donc ouverture des vannes et des portes = remplissage automatique de la cale) et dont la pompe et l’écoulement donnait sur l’aval de l’écluse : donc la mise à sec en était d’autant facilitée. Ce chantier n’a jamais construit que des bateaux en bois et a semble-t-il fermé ses portes durant la guerre (1942).
Face au chantier existe encore actuellement un quai de chargement en brique construit avant le début du siècle (quai des Moulins de Solre). Le tout constitue un bel ensemble témoin de la navigation au début du siècle qui mériterait un classement : chantier, écluse, quai : tout un ensemble en un même lieu.
Fontaine Valmont
Chantier naval sur la rive droite en amont du déversoir. Le chantier était celui d’Emilien Walbrecq (dit « el Chip ») qui effectuait des réparations et des transformations de bateaux en bois et la modernisation, les réparations de bateaux en fer (1946-1950).
Lobbes
Chantier naval Gantois (ensuite Melian Michot), situé en amont du déversoir également.
Disparu vers 1946 semble-t-il, il n’a construit que des péniches en bois.

Thuin
Capitale de la batellerie wallonne, elle comptait à elle seule 4 chantiers navals.
- en amont du pont du chemin de fer, le Chantier Fignol disparu avant guerre – construction bois.
- Juste après le pont, le chantier toujours en action, ancien Chantier « Michot Frères »
aujourd’hui dirigé par M. Ducofre. Ce chantier a construit 144 péniches en bois, 188 péniches de fer et d’acier et
18 madaillans, voiliers de plaisance bien connus des cap-horniers (tel Loïc Fougeron qui y fit construire son «
Captain Brown ») sur un plan de l’architecte belge, mondialement réputé, Van De Wiele. Marque de fabrique :
les constructions du chantier sont frappées de la Fleur de Lys.
- Contigu au précédent et seulement séparé de lui par le confluent de la « Biesmelle » (affluent droit de la Sambre), le Chantier de l’Union Batelière dite « La Coopérative » qui construisit de nombreux bateaux en bois et 2 en fer. Vécu longtemps de motorisation et de modernisation de péniches existantes.
- Au coin de l’actuelle place de la Ville Basse, certaines cartes postales de la Ville montrent un quatrième chantier disparu avant 1920 dont nous n’avons pas pu retrouver le nom.

Hourpes
Chantier naval du « Grand Courant ». N’a construit que des
péniches en bois et semble avoir disparu vers 1920.
Landelies
Sur l’île de l’Ecluse, le Chantier Coquelet fermé vers 1922. (Tois sites : deux pratiquement face à face, le troisième en aval de l’ile).

Monceau –sur- Sambre
En amont du déversoir, au hameau de la Jambe de Bois, se trouvait le Chantier Amour Chartier.
Le bief semblait être particulièrement propice puisqu’à côté de ce premier chantier l’on trouvait encore les chantiers « Debolster » et celui de Pierre Badot. Tous ne construisirent que des péniches en bois et disparurent lors de la transformation du bief et de la disparition de l’écluse et du déversoir de La Jambe de Bois.
Marcinelle
« Atelier Energie », partie de Cockerill Sambre, cet atelier de construction de bateaux en fer et acier, non situé le long d’une voie d’eau, acheminait ses productions par camion ou wagon de chemin de fer vers le chantier Michot à Thuin ou vers le Chantier Vankerkove à Pont-de-Loup où était procédé à la mise à l’eau et aux finitions.
Dampremy
- à l’embouchure du Canal de Bruxelles-Charleroi, le Chantier Blanpain : chantier de construction et réparations pour les bateaux des charbonnages.
- en amont du précédent, le Chantier René Walbrecq (près de l’Ecluse de Marcinelle), spécialiste de la motorisation des bateaux.
Pont-de-Loup
- Ancien chantier Marcel Husniau, aujourd’hui Chantier Vankerkove (depuis 1961), entretient, transforme, répare, modernise plus de 450 bateaux par an.
- Ce chantier polyvalent peut assurer tous les travaux, quel que soit le style de demande et ce, pour des bateaux de 38 mètres (350 tonnes) à des gros porteurs de 2.500 tonnes.Assure aussi des restaurations dans l’esprit du respect du patrimoine.
- Chantier de Pont-de-Loup – Sonermi – a côté du précédent sur la darse du Dria. Disparu aujourd’hui,nous n’avons trouvé aucun témoignage sur ce chantier,si ce n’est le souvenir de son existence.

Flawinne
En amont du déversoir Chantier Lacroix, situé sur l’ancienne dérivation de la Sambre, ce chantier fut mis en faillite vers 1926 semble-t-il.

-
BASSIN DE LA MEUSE
Beez
- Meuse et Sambre : Ancien Chantier Chanic : créé en 1906 par la famille Ansette,
ce chantier apartiendra à la famille jusque dans les années 60, où il élargira son capital à
des actionnaires minoritaires. En 1963 ceux–ci seront remplacés par la Firme Chanic qui à son tour cèdera ses
parts à la SNSN,puis à la Sowagep, aujourd’hui Sogepa. Depuis lors,le secteur public ne possède plus que 45 %
des parts d’un chantier qui redéveloppe son activité dans un créneau neuf chez nous . En effet ce chantier
est occupé à devenir le spécialiste du «paquebot –de- luxe fluvial ». Il vient de livrer des
unités neuves et enviées à la Société « Vedettes du Pont Neuf » à Paris
et à des armateurs de l’est et du Rhin. A côté de cela , le chantier continue les travaux habituels :
réparations,transformations pour les bateliers privés et pour les gros armateurs , mais aussi des constructions
diverses en acier, en acier inoxidable ou aluminium pour des carrières, ou même l’armée.
Le chantier possède aussi un siège d’exploitation à Liège.
- Ancien Chantier Naval Wilmotte

Namèche
Chantier Naval Wilmotte (cousins du précédent) est transféré à Andennes. Toujours en activité (description en cours).
Ombret
Chantier Naval Jabon Frères. Ancien chantier extrêmement important en constructions. Continua
à produire durant la guerre, il eut quelques ennuis après guerre (mise sous séquestre en 1948). Construisit quelques uns de nos plus beaux fleurons : le Bayard et le Touriste IV.

Moncin
Chantier Naval de Moncin sur l’île toujours en exploitation (Meuse et Sambre, rue de l’Ile Moncin, 23 – 4020 Liège). Voir ci-dessus.
Haccourt
Chantier Naval Delahaye (chantier Pascal) disparut en 1931. Construisait en bois et quelques unités en fer.


- BASSIN DU CENTRE
La Louvière
Entre le canal (branche de la Croyère) et l’ancienne gare, existait un chantier naval dont l’existence est attestée par de vieilles cartes postales. Nous n’en avons retrouvé ni souvenir, ni nom.

Mons – Grand Large
- Chantier Naval Jean-François Plaquet – rue du Canal, 15 – 7640 Peronnes lez Antoing. Toujours en activité. Continuateur de Georges et François Plaquet.
- Ancien Chantier François Mory en amont du précédent.
- Ancien Chantier Plaquet-L’Escaut à la sortie de la dérivation du canal.
Hautrage
Chantier Naval Dangrau, mis à l’arrêt vers 1956.
Kain
En amont de l’écluse, Chantier Naval de Kain, fermé vers 1962. Construisait et réparait bateaux en bois et métal.

- DENDRE
Deux-Acren
Chantier Naval de Deux-Acren, rue du Moulin, 23.
- CANAL CHARLEROI-BRUXELLES
Luttre
Chantier Peleman (anciennement Bolle) sur la rive du Canal à hauteur de la passerelle piétonne.
Spécialiste en motorisation et modernisation de bateaux. A arrêté ses activités vers 1950.

3. ATELIERS SPECIALISES
La Wallonie a donc compté vers les années 45-50, une trentaine de chantiers navals sans compter les ateliers spécialisés qui les complétaient. Sans vouloir être complet, les principaux étaient :
- Ateliers mécaniques réparateurs et spécialistes de l’entretien des moteurs à
essence au début, diesel ensuite :
- Les ateliers de réparation mécanique Henri Authome à Marchienne au Pont ;
- Les ateliers René Bultot à Thuin ;
- Les établissements Olivier Stimart à Marchienne également ;
- L’atelier mécanique Paul Nizet à Montignie sur Samblre ;
- L’atelier Pirlet au quai Godefroit Kurtz à Liège ;
- l’Anglo-Belgium Company de Gand qui avait un comptoir de réparation à Liège.
- La Wallonie avait aussi des constructeurs de moteurs dont les plus notables étaient :
- Moes – constructeurs de moteurs semi-diesel et diesels lents (disparus en 1973) à Waremme ;
- La Meuse – fabrication de moteurs marins et stationnaires (groupes électrogènes) à Seraing.
- Sur la Sambre, à La Buissière, en amont de l’Ecluse et de la marbrerie, il y avait un atelier de menuiserie spécialisé dans la construction de cabines et tillacs en bois pour les péniches (disparu entre les deux guerres).
- A Thuin se trouvaient les Ateliers Sans Soucis – spécialistes qui coulaient des roues à aube puis des axes d’hélices, des treuils et des cabestans de levage et enfin des ancres. A l’extrémité de la rue de Bethléem, l’atlier de Marc Dagnelie s’était spécialisé dans les chaînes d’ancre.
- L’Atelier Allard, fonderie à Marchienne-au- Pont coulait également des ancres, tandis que Preud’Homme à Huy fabriquait des moteurs à vapeur, des chaudières marines et des treuils. Certains lui attribuent même la fabrication de certains bateaux-mouches et remorqueurs (situé à Huy sur le Hoyoux).

- A Antoing, la Fonderie Chantry construisait des treuils de levage et la Menuiserie Mignolet (à Marchienne) construisait des cabines en bois, les boiseries intérieures des logements, des écoutilles cintrées en bois et même des annexes (canots) les célèbres « bachots » comme les appellent toujours les navigants.
Toutes les pièces issues des chantiers et ateliers cités ci-dessus méritent collection et classement.
4. CONCLUSIONS
Aujourd’hui, la Wallonie compte encore six chantiers navals et un atelier mécanique .
Il reste à dresser un portrait général (à affiner) de la navigation
- début du siècle : navigation à voile et avec le courant, halage dans les autres cas : à la bricole (épaule) et avec animaux (touage sur la Meuse) ;
- + 1920 : fin des bateaux en bois, construction en fer riveté puis soudé ;
- + 1945-1950 : ère
de la motorisation d’abord semi-diesel puis diesel.

II. LIEUX DE CULTES
1. ETAT DE LA RECHERCHE
Pour l’instant, nous avons terminé les repérages de la Sambre.Nous avons trouvé quelques lieux de culte ou de dévotion intéressants dans la haute Sambre, rien dans la basse Sambre (passé Charleroi).
2. PREMIER INVENTAIRE
Le Saint Patron des navigants (mer et navigation intérieure) est Saint-Nicolas. Egalement Saint Patron
des Enfants. Cette « qualité » prend souvent le devant sur l’aspect protection des navigants. La tradition montre
qu’un saint « amariné » est généralement représenté situé à la proue
stylisée d’un bateau, ou tenant en main une barque, un bateau ou tout autre symbole naval. Nous avons trouvé des
« Saint-Nicolas » mais aucun qui soit représenté de cette façon.
Il n’en est pas de même pour la Vierge, nous le verrons plus loin.
a) St. Nicolas, patron des navigants
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Est-il étonnant que ce soit à Thuin, au milieu de
la rive gauche, pile en face de la place de la ville
basse, que se trouve une « potale », une chapelle de St. Nicolas.Régulièrement fleurie par les bateliers de passage, sa situation est centrale. Malheureusement,
la statue du saint est celle du Saint Patron des Enfants, ceux-ci étant représentés à ses pieds.
Mais il y a plus extraordinaire. En amont du pont de chemin de fer (dit Fignol), avant de pénétrer dans la ville de Thuin,
il existe une chapelle isolée sur la rive gauche dédiée au culte de la Vierge, plus précisément
à la « Vierge Noire » de Hal. La Vierge, nous le verrons, est l’autre personne sainte régulièrement
invoquée par les navigants pour obtenir toute sorte de protection ou d’intercession auprès du Seigneur. L’étonnant
dans cette chapelle est que le haut des montants d’angle sont surmontés par deux statues identiques qui sont des St. Nicolas.
La Vierge de Hal et St. Nicolas sont donc honorés et priés de concert. La grille de la porte est fréquemment
décorée de rubans, signes votifs indiscutables.
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L’Eglise Notre Dame d’Elvaulx, du bas de la ville était le lieu courant pour toute les cérémonies du monde batelier. Depuis la création du bateau-péniche (à Charleroi), ce rôle prédominant s’est estompé mais le lieu de culte reste important pour les bateliers issus de la ville de Thuin.

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Mais c’est dans le haut de la ville, dans l’Eglise du Mont Carmel,
église principale de Thuin, qu’il faut se rendre pour trouver la plus belle statue de St. Nicolas. En effet, c’est dans
une loge de bois sculpté intégrée dans le jubé qui surmonte le sas d’entrée de l’Eglise que se
trouve la statue polychrome de St. Nicolas.
Malheureusement, toujours un St. Nicolas accompagné d’une « bassine » d’enfants.
Mais Thuin n’est pas seule
à honorer le Saint Patron dans ce haut lieu de la batellerie qu’est la haute Sambre.
En effet, en amont, l’Eglise de Sars-la-Buissière est dédiée à ce saint et constitue une paroisse St. Nicolas.
Le Saint Patron possède un autel particulier dans son église situé à la droite de l’autel principal dans l’axe
de la nef. Une procession est organisée le jour de sa fête à laquelle se joignent les bateliers de la haute
Sambre. |
b) La Sainte Vierge
Autre personne sainte honorée par les bateliers, la Vierge est partout présente dans les manifestations religieuses de la vie batelière.
Outre des noms de bateau (ex. Notre Dame de Walcourt), les bateliers se rendent le dernier dimanche de mai en pèlerinage national à
Notre Dame de Montaigu. Plus localement à Thuin, en l’Eglise des bateliers dans le bas de la ville, on honore Notre Dame d’Elvaulx
(du Val), protectrice locale de la ville basse. Enfin, cette description du Culte de la Vierge nous servira de transition vers un
autre lieu : Marchienne-au-Pont.
c) Le bateau-chapelle de Marchienne
Lieu important de l’expression de la foi du monde batelier, le bateau-chapelle de Marchienne-au-Pont
(le « Spes Nostra » - « Notre Espoir ») a été construit en 1961 au chantier Vankerkoven
spécialement pour le culte : c’est donc une péniche sans moteur qui doit être remorquée
pour aller tous les 5 ans à l’entretien et vérification. Elle ne contient pas plus que d’autres lieux des
« Ex-votos » si fréquents ailleurs (en France par exemple). Par contre, on y trouve une statuette de St. Nicolas
offerte par la France (mais toujours « affublée » d’enfants, et peu remarquable) mais également une statue
polychrome de la Vierge nettement plus intéressante. 
Symbole laïque de tout le monde maritime et naviguant, l’ancre
sert cette fois comme symbole religieux de l’espoir (d’où le nom du bateau « Spes Nostra »). C’est donc, chose rare,
une ancre qui « amarine » cette statue de la Vierge, espoir des navigants.
Une légère inclinaison de la tête semble indiquer une bienveillante attention de la Vierge pour l’ancre
posée à côté d’elle, que vient malheureusement trahir un regard légèrement mélancolique.
Ce léger défaut n’enlève rien à l’originalité de la pièce : remarquable surtout pour son
caractère unique. Enfin, il n’est pas toujours nécessaire de descendre du bateau pour trouver une image de la
Vierge : à bord de beaucoup de péniches, il y a une statuette, fut-elle en plastique, de la Vierge comme
protectrice du bateau et du foyer.Il était d’ailleurs d’usage courant de laisser frapper le « tableau de bord » de la
péniche d’une médaille ronde ou ovale de la Vierge comme d’autres mettent leur camion ou leur voiture sous la protection
de St.Christophe, protecteur des voyageurs.

3. CONCLUSION
Un rapide repérage laisse entrevoir que pour cet aspect du patrimoine, nous ne trouverons pas grand chose
le long des canaux (navigation moins enracinée et plus récente que le long des rivières de vives eaux).

III. LES BATEAUX
1. ETAT DE LA RECHERCHE
La Sambre a été entièrement prospectée, la Meuse est en cours. Le Canal de Charleroi-Bruxelles ainsi que l’ancien bras de Seneffe ont été repérés.
Cette partie de travail nous livre déjà un résultat appréciable. Nous avons découvert plusieurs bateaux intéressants du point de vue patrimoine : ils sont typiques de leur classe, en l’état ou presque et un tout spécialement mérite un classement et une protection immédiate.
2. LES COQUES REMARQUABLES

- A Thuin, sous le pont du Chemin de fer (dit Fignol), se trouve un
vieux « tchalk » (style bateau à fond plat hollandais). Défiguré par une superstructure neuve et
inadaptée, ce tchalk mérite quelque attention pour l’authenticité de sa coque (nom : Tournesol asbl).
- A Erquelines : yacht Menara – vieille coque des années 30, à préserver :
intérieur malheureusement incendié. Mérite un intérêt pour l’ancienneté de sa coque et sa
ligne générale très moderne au moment de sa construction.
- La Meuse : yacht d’une cinquantaine d’années (contacts en cours). Pour l’instant au chantier
Vankerkove – sous bâche et à vendre : très vieux yacht, intérieurs intacts (construction hollandaise).
Mérite un classement et ne devrait pas disparaître de chez nous.
- A Seneffe, se trouvent deux vieux remorqueurs aux coques extraordinaires mais tous les deux transformés
(malheureusement) en yacht de croisière intérieure. Il n’empêche que ces deux navires le Vagabon et le Noé,
méritent une attention particulière du point de vue patrimonial.
- A Seneffe également, se trouvent 3 « baquets » de Charleroi : ancien type de péniches
(courtes : avant la mise des écluses au gabarit 38 m) qui remontaient le charbon hennuyer vers Bruxelles. Bateaux sans
moteurs, halés à la « bricole » (épaulière) ou par des animaux. Un est transformé en
habitation (avec percement des fenêtres dans les « bordailles » , les deux autres sont des stockages de ferraille
et sont menacés. Leur classement et sauvetageserait souhaitable.

A proposer au classement également
- Le Victory : extraordinaire yacht de croisière basé à Erquelines. De construction hollandaise (CIECO à Warmond – Holland – par Nic Kieken), ce Bakdek kuiser est à l’état original. Coque rivetée, aménagement intérieur en bois noble. Heureusement, il est la propriété de gens qui l’ apprécient et le restaurent petit à petit (ancienneté : +/- 50 ans). Mérite le classement, le sauvetage étant assuré.
- Un remorqueur à l’état original : Le Damien, propriété d’une société de dragage namuroise était en réparation mais a repris aujourd’hui vaillament du service. Il travaillera encore quelques années et ne risque rien pour l’instant. A l’état initial, sauf la cabine qui a été légèrement rehaussée, mais dans le respect du style du bateau, ce remorqueur d’une pureté de ligne extraordinaire mérite classement et plan prévisionnel, dès à présent, pour ne pas disparaître de notre patrimoine.

- Enfin une perle : la péniche Yo-Yo à Marchienne-au- Pont. Certainement unique en Europe, ce bateau mérite notre plus grande attention. Construite en 1932, aux chantiers François Mory (Grand-Large), cette péniche, propriété de Monsieur et Madame De Rijcke (88 et 83 ans) est un bijou. Conservée dans son état original : cabines intactes (à l’exception de la pose d’un revêtement lavable dans la cuisine), les habitations (avant et principale) sont dans l’état d’origine (boiseries sculptées installées sur mesure dans la coque), chambres avec portes à glissières, coque non peinte mais passée à l’huile de lin, plancher amovible de cale d’origine, annexe et treuils à main et surtout, moteur d’origine en état de fonctionner. Le moteur n’est encore qu’un semi-diesel à chauffage extérieur, arbres et hélices, ancres, safran de gouvernail, tout est d’origine. Cette perle mérite sauvetage, classement et protection. Nous avons approché la Ville de Charleroi pour aider à sa survie.
IV. AUTRES
Concernant l’objet de notre étude, il peut être également intéressant de signaler certains
bâtiments comme à la Buissière : deux anciens magasins de stockage au bord de l’eau, avec dans le pignon, une
chèvre pour la manutention et le levage des pondéreux, méritent d’être signalés. Ces bâtiments sont tranformés en maison bourgeoise d’habitation et ne risquent pas grand chose.
L’essentiel pour ce qui est des immeubles sera de sauver les anciennes écluses, maisons d’éclusiers
et quelques ponts de construction remarquables.

Liste alphabétique des pricipaux témoins contactés
BLOMAERT – propriétaire de bateau – contacts en cours
CHARLES Maurice – instituteur, spécialiste du Culte – Bas de la Ville – Thuin
DAGNELIE Rudis – expert naval – 42, rue du Rivage – Thuin
DEBEAUME Hubert – maître batelier, collectionneeur, 40, rue du Rivage – Thuin
L’Abbé de BURGHRAVE – aumônier de la batelerie – bateau chapelle – 1, Quai du Sud – Marchienne au Pont
DEGRAUW Jean – organisateur fête St. Nicolas – 12, rue de Cartier – Marchienne au Pont
M. et Mme DE RIJKE – bateliers retraités – 1, Quai du Sud – Marchienne au Pont
M. et Mme DETHIER – fournisseurs de batelerie – Quai de Sambre – Marchienne au Pont
DUCOFRE Alex – propriétaire de chantier - Chantier naval de Thuin
DURIEU Jules – en charge d’une chapelle – chemin de halage – Thuin
M. GARY – Eclusier – Ecluse n° 1 – Solre sur Sambre
GERARD Léonce – batelier – Marchienne au Pont
GODEAU Philippe – propriétaire de bateau – 4, rue de la Pépinière – Binche
HARDY Léon – Doyen de Thuin
HOUZE Jean-Claude – batelier – Bateau « Follow me »
KALIS s.a. – M. Charlier – Société de dragage, propriétaire remorqueur Damien – 253, avenue Albert Premier – Namur
LAUDY Jean – historien – 21 Bte 23, rue de la Saline – Lobbes
M. LEENDERS – propriétaire de bateau – 7, rue d’en bas – Erquelines
LETOT Fernand – président de l’Amical des Bateliers – 2 rue Traversière – Thuin
M. MERTENS – historien, collectionneur – Liège
MEUSE & SAMBRE – Chantier naval – 16, rue de Namur – Beez
MICHOT Claude – ancien constructeur de bateaux – 5, rue Sous Ghoy – La Buissière
MICHOT Melian – ancien batelier, propriétaire d’un chantier – l’Ile de l’Ecluse – Solre sur Sambre
MIOT Pierre – bateau « Cum Deo » - Erquelines
Père Luc – curé de la Paroisse St. Nicolas – Eglise St. Nicolas – Sars la Buissière
Mme ROBACHE – veuve de batelier – 7, Quai de Sambre – Marchienne au Pont
SCHOUTEETEN Michel – propriétaire de bateau – 15 ; rue de la Dynastie – Erquelines
THIRY Marie – collectionneuse de cartes postales – Charleroi
M VAN FRASCHEN : Meuse et Sambre Chantier naval à Beez.
M. VANKERKOVEN – propriétaire de chantier naval – 290 rue du Campinaire – Pont de Loup |